Théâtre de l'Imprévu, Cie Passeurs de Mémoires
Adaptation: Eric Cénat, Gérard Cherqui et Dominique Lurcel
Mise en scène: Dominique Lurcel
Interprétation: Eric Cénat (Ferdinando Camon) et Gérard Cherqui (Primo Levi)
Ferdinando Camon s'entretient pour la première fois avec Primo Levi en 1982. Leurs conversations vont s'échelonner régulièrement, ensuite, jusqu'en 1986 (moins d'un an avant le suicide de Primo Levi). Ainsi, deux hommes se parlent. Deux écrivains deux "arpenteurs de mémoire" : l'un est de culture chrétienne, l'autre, on le sait, a vécu comme juif, quarante ans plus tôt, l'expérience d'Auschwitz.
Les échanges sont à la fois denses et fluides. Quel que soit le sujet abordé (Auschwitz, évidemment, et l'Allemagne - celle de Hitler et celle d'aujourd'hui - mais aussi le Goulag de Soljenitzyne, l'acte d'écrire, le métier de chimiste...) la tension de la pensée naît entre les interlocuteurs du sentiment d'urgence qu'ils partagent l'un et l’autre : urgence à communiquer, urgence à transmettre. En dépit de la gravité du débat, cela n'est jamais écrasant, jamais désespérant. Cela provient de l'ironie de Primo Levi, de ses qualités de conteur, de son amour du langage, mais plus encore de sa lucidité, de son intelligence toujours à l'affût, tolérante sans compromis, chaleureuse sans sentimentalisme
Créé en 1995, invité, la même année au Festival d'Avignon (Chapelle des Célestins), ce spectacle, partout où il a été représenté depuis (des Médiathèques aux Scènes nationales), a rencontré une écoute très intense, un accueil profondément ému, et permis des rencontres et des débats passionnants. S'il a évolué dans sa forme, il est resté ce qu'il se voulait à l'origine : un travail de « passage de témoin ». A l'heure où, inéluctablement, vont disparaître les derniers survivants de la Shoah, il propose une des réponses possibles (celle du théâtre) à la question qui se pose aux nouvelles générations (chez les créateurs notamment) : comment, désormais, transmettre ?
Qu'ajouter de plus, au moment de reprendre ce spectacle près de quinze ans plus tard ? L'évolution des recherches historiques a, depuis, réactivé toutes les questions posées au cours de ces conversations. Plus largement, Primo Levi est, aujourd'hui plus que jamais, un garde-fou indispensable, au moment où les populismes ont le vent en poupe, où les ghettos de tous acabits réapparaissent, où les murs se multiplient. Plus que jamais, dans un temps où l'émotion facile nourrit chaque jour davantage nos archaïsmes et notre part d'irrationnel, il apparait comme un veilleur du XXe siècle, indispensable au nôtre. »
Dominique Lurcel
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