Par la la Cie Passeurs de Mémoires
Version scénique et mise en scène : Dominique Lurcel
Jeu : Samuel Churin
Violoncelle : Marc Lauras
Coup de coeur Avignon off 2011
C’est une partition à 2 voix, magnifique et poignante, texte et violoncelle intimement mêlés, qui donne envie de découvrir l’œuvre de Mouloud Feraoun, donne à aimer cet homme, à le faire revivre un peu à chaque représentation, lui qui, pour se justifier à ses yeux d’avoir si longtemps survécu pendant que la mort frappait quotidiennement autour de lui, écrivait, si proche en cela d’un Primo Levi qu’il n’a sans doute jamais lu : « Ceux qui ont souffert, ceux qui sont morts pourraient dire des choses et des choses. J’ai voulu timidement en dire un peu à leur place »
Mouloud Feraoun était kabyle. Il était l’ « un des plus beaux fleurons » de la colonisation française en Algérie. C’est-à-dire qu’il était nourri de culture française, qu’il était instituteur dans un petit village de Kabylie, diffusant donc les valeurs françaises qui lui avaient été inculquées.
Il était romancier. Un romancier reconnu, édité aux éditions du Seuil (son roman le plus célèbre était Le Fils du pauvre). Il était l’ami de Germaine Tillion, de Camus, d’Emmanuel Roblès.
Un an après le début de l’insurrection algérienne, il a, sur les conseils de Roblès, tenu un Journal. Il le tiendra jusqu’à la veille même de sa mort, à Alger, le 15 mars 1962, quatre jours avant la signature des accords d’Evian. Ce jour-là, en effet, cet homme, qui pensait tomber un jour sous les balles du FLN pour ce qui pouvait apparaître chez lui comme une trop grande proximité avec la France, a été assassiné, avec cinq autres de ses collègues, sur les lieux mêmes de son travail, par un commando de l’OAS à la tête duquel se trouvait Roger Degueldre.
Cinquante ans plus tard, son Journal apparait comme une parole irréductible à toutes les langues de bois d’où qu’elles viennent, dressée face à tous les silences, toutes les zones d’ombre qui pèsent encore.
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