avec Sophie Vaude
adaptation et mise en scène: Jean-François Matignon
musiques: Madredeus, Henryk Gorecki, Las Ketchup
administration: Michèle Dorlhac
Spectacle proposé par le service culturel communal de Ferney-Voltaire.
Le 6 mai 1955, Raymond Guérin évoquait dans un entretien la maladie grave qui allait bientôt l'emporter: « Quand on vit comme je viens de le faire, on s'aperçoit du nombre inconcevable de gens qui sont affligés des pires maux et qui souffrent mille morts chaque jour; pour la première fois de ma vie, je me suis découvert une âme pleine de compassion ... L'humanité contient aussi des frères et des sœurs, des gens qui comme (moi) ont connu les mêmes épreuves, et cela peut (m')aider à (me) rapprocher de ces êtres, c'est à dire (me) rendre plus humain, plus fraternel, comme si en somme cette expérience-là agissait un peu à la manière d'une rédemption. »
La Peau dure: « Trois sœurs ... Chacune d'elles raconte sa vie. Trois monologues qui égrènent le chant monotone du malheur. Trois sœurs victimes de la pauvreté et de l'égoïsme des mâles ... Vaincues, mais déjouant le «malheur indifférent» par un regard sans complaisance sur le monde. Elles ont la peau dure.»
Les trois sœurs Coustu de "La Peau dure" appartiennent à cette « humanité de frères et de sœurs qui ont ... connu les mêmes épreuves. » Leur famille pourrait être la nôtre. Comment ne pas s'y reconnaitre, même si les détails varient? Terreur et pitié, comme sur les traits figés du masque de pierre de l'affiche, naissent à l'écoute des paroles que Clara, Jacquotte et Louison Coustu nous adressent. Les trois sœurs nous parlent, elles sont là pour ça, pour se raconter. Ces trois vies de théâtre sont incarnées par une seule comédienne. Manière d'éprouver sensiblement dans un même corps l'existence provisoire de trois corps distincts.
Nous avons composé un chant où les trois voix se mêlent et tissent la toile rêvée d'une forme à nous, « nôtre» », non formatée, une hypothèse de théâtre racontée comme un requiem, un Petit Requiem selon le beau titre de Gorecki. |